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Les îles bretonnes vivent leurs terroirs, profondément
Une île, « enez » en breton, se définit géographiquement comme un espace de terre entouré d’eau en permanence. Elle bénéficie d’une végétation et d’une vie terrestre durables. Des localités de l’intérieur, situées entre des bras de cours d’eau ou dans des méandres en courbes très prononcées s’appellent aussi « îles », variantes de « isles » issus du latin « insula ».
A noter également les nombreuses presqu’îles bretonnes reliées au continent par une étroite bande de terre.
220 îles recensées comme telles par l’IGN entourent la Bretagne.
Protégés par leur insularité, solidement ancrés aux saveurs salées, les 800 noms nichés dans les îles bretonnes ont gardé jalousement leurs particularités linguistiques. Insensibles aujourd’hui aux chants lointains des sirènes, ils acceptent parfois d’ouvrir leur cœur à qui sait les entendre. Ils aiment le silence mais craignent l’oubli. Leurs voix basses parcourent, incrédules, les chemins mystérieux menant aux raisons pour lesquelles, un jour parmi tant d’autres,
un îlien, humble et discret comme les autres a donné naissance à l’un d’entre eux comme d’autres îliens à d’autres moments, ont donné naissance à d’autres toponymes.
Chaque île de Bretagne vit au rythme des embruns flânant sur les sentiers étroits qui, de vagues en collines, de vallons en pointes rocheuses, de maisons en villages, conservent, pour le bonheur de tous, les secrets des amours et des peines.


Ouessant, une île de tentations
Le Pen-Ar-Bed vous a conduit au bout du monde. Vous en aviez tant rêvé et, enfin comblé, vous êtes à Ouessant, accueilli en cette terre haute née entre mer et océan pour protéger la ville d’Is des chevaux hennissants dont les crinières dressées sont gonfanons des tempêtes majestueuses.
Vous y êtes :
Porté par les falaises dominant le bleu profond des ondes coquines se jouant à merveille des ciels flottant au gré des alizés, vous avez dans les yeux les tapis rose bruyère sagement maculés d’or ajonc et dans le cœur les caresses avenantes d’une brise de velours si généreuse qu’elle en inonde l’île entière. Sensible au beau, au bien et au vrai, vous imaginez, à quelques bords, les trois cents cargos qui, dans la journée, fréquentent le rail d’Ouessant.
Lorsque le soir enveloppe les maisons blanches aux volets vitrés, les tours à feu aux éclats homologués font savoir leurs noms aux hommes de quart : le Stiff annonce deux éclats rouges toutes les dix secondes, le Creac’h deux éclats blancs toutes les dix secondes, Kereon des éclats alternativement blancs et rouges toutes les cinq secondes… Au Creac’h, le Musée des phares et balises ouvert en 1988 est dépositaire du fonds constitué lors de l’exposition universelle de 1878.
Par dessus les murets, ne manquez ni les puits, ni les volets bleus ou verts mais succombez à la tentation : partagez avec les Ouessantines et les Ouessantins les instants de vie quotidienne qui sont vérités d’accueil en toute terre jaillie de l’océan. A vos pieds, la croqueuse d’hommes et en filigrane, les Vierges sous cloche ; au cimetière le monument des Proellas ; partout, la vie pénible des îliennes obligées, par la force des choses, de gérer maisonnée et animaux tandis que leurs hommes pêchaient au loin ; sur ses pâtures, le mouton d’Ouessant, sage et paisible : il connaît son village, il choisit son régime et son camp.
A l’ombre du clocher de 43m qui fut offert à la population par la reine Victoria pour avoir secouru, le 21 juillet 1896, les naufragés du paquebot « Drummond Castle », se dessine la source bénie en 514 par saint Paul-Aurélien accostant en cette crique qu’il baptisa de son lieu de naissance « Porzh an Ejen » (actuel Porzh Paul). Venu de Guic Castel (Winchester, Pays de Galles), il sera le fondateur de l’évêché du « Leon et Occismor ».
Au retour, vos amis de cœur et d’esprit seront conquis par les saveurs iodées de votre île : haute et sculptée aux accents du temps qui passe, elle sera celle de la vie partagée en son âme et conscience.


Groix, une île aux trésors
A Port-Tudy, sur la rose des vents de l’an 2000, il montre le chemin ; à Loctudy, il remplace le coq du clocher. Partout présent dans les cœurs, son élégance n’eut d’égale que celle du « dundee ». A Groix, il fut le roi.
Côtoyant les somptueux minéraux attirant des chercheurs de tous pays, les fleurs de printemps percent la pelouse marine et sourient aux oiseaux.
Du trou de l’Enfer à la pointe des Chats, les éclats du Grand Phare balaient l’océan tandis que la forme convexe des grands Sables en fait une plage exceptionnelle en Europe.
Groix donna la vie au poète Jean-Pierre Calloc’h, la Somme lui prit la vie. Là-bas, avant de mourir, il écrivait : « je suis le grand veilleur debout sur la tranchée. C’est toute la beauté du monde que je garde cette nuit ».
A 45mn de Lorient, face à Larmor, Groix, l’île aux grenats vous ouvre les bras.
Belle-Île-en-Mer, des havres en terre océane
Qui ne connaît la chanson « Belle-Isle en mer, Marie galante » oubliant parfois le New-Brunswik. A Guerveur, nous sommes bien en terre d’Acadie qui vit se dérouler en 1996 le congrès des Amitiés Acadiennes. En 1765, y furent accueillies 78 familles acadiennes dont nombre de descendants sont bellilois d’aujourd’hui.
Ici, les monts de Vénus sont nichés en des havres de micaschiste patiemment sculptés par le courant habile d’une onde claire sourdant du rocher.
Le livre consacre un chapitre important à l’étymologie des noms de lieux de l’île, tout à fait particuliers voire uniques parfois. Il comporte aussi un chapitre traitant de l’étymologie des noms de familles recensées ici.
Belle-Île, avenante, jolie, adorée et, par conséquent, convoitée, a dû se protéger des aguichés des mers pour assurer le vie des Bellilois. La Citadelle et les fortins en témoignent.
Les couleurs y furent terre d’inspiration et de séjour pour Sarah Bernhard (aux Poulains), pour Matisse, John Peter Russel, Claude Monet, Georges Clairin et tant d’autres artistes.