
Les noms de lieux racontent les terroirs
Comme moi, vous avez souvent lu les toponymes sur les cartes et les panneaux, vous écrivez votre nom et ceux de vos proches depuis toujours.
Aujourd'hui, en ce début de 21e siècle où le paysage est valeur sûre, en ces temps où le retour aux sources est élément de bonheur, votre regard novateur sur les noms de Bretagne et sur ceux de la France entière devient celui du curieux qui réfléchit. Dans vos yeux brillent déjà les joies et les peines de ceux qui vous ont précédés au cœur de ces appellations.
Votre passion pour la découverte, vos connaissances linguistiques et votre sagacité font fait que, pour beaucoup d’entre elles, vous possédez les clés d’une signification rationnelle.
Pour les autres, vous êtes dans l’expectative et vous aimeriez en connaître davantage.
Comme moi, vous avez sans doute voulu percer les secrets de votre hameau, mais aussi de votre nom et de ceux de vos proches.
Vous avez réussi, pour beaucoup d’entre eux, à en démasquer le sens véritable.
Pourtant
Écrits plus ou moins bien, le sens de beaucoup d’entre eux nous échappe, aux uns et aux autres.
Chacun d’entre eux a gardé en mémoire les paysages et les clés de son origine.
A titre d’exemple, voici une façon de décrire un toponyme qui, située dans le pays de Guingamp apparaît sur la carte noté le Méné Bré
Le Méné-Bré, montagne du pays
En pays de collines, il est des sommets qui dominent les monts alentours. Ce sont les Menez, montagne. Minez, Miné, Méné, Mané, Moné en sont des variantes au même sens. Ils sont issus du mot celtique ancien Moniyo dont la racine se retrouve aussi dans Monoeci, appellation de Monaco au 1er siècle. Menez a pour pluriel Menezioù, montagnes, qui devient fréquemment Ménéjoù, Ménessioù ou encore Minioù. Compte tenu de l'altitude des reliefs bretons, il est parfois difficile de faire la différence entre "monts" et "montagnes". Pourtant, au cœur des monts d'Arrée (Menez Are en breton), Roc'h Trevezel qui culmine à 386m a pour voisins le Col de Trédudon et Tuchenn kador
En Bretagne (et cela est vrai dans toutes les régions), on trouve des mots qui apparaissent fréquemment dans les noms de lieux.
En toponymie, il existe des termes qui apparaissent régulièrement soit en tant que dénominations entières soit en composition dans maints noms de lieux. Ci-dessous sont indiqués quelques-uns de ceux qui sillonnent la campagne bretonne.
Crec’h, creac’h : issu du vieux breton « cnoc », il apparaît sous les variantes « krec’h », « quenec’h », « canac’h », « nec’h » qui s’appliquent tous à des hauteurs, des collines, des lieux situés en hauteur.
Chapelle : un tel toponyme s’applique à une localité qui s’est développée autour d’une chapelle ce qui paraît évident. Il faut néanmoins savoir que la moitié des chapelles bretonnes furent détruites au cours des 18e et 19e siècles. Parfois donc, seul le nom demeure et il ne reste plus de trace de chapelle.
Coat, coet, koad : le celtique « cet » (prononcé comme le français quête) a donné le vieux breton « coet », puis « coat ». Ayant conservé le sens initial de bois, s’écrivant « koad » aujourd’hui, il désigne un endroit où il y a du bois, des arbres.
Croissant : résulte généralement de la transcription d’une lecture francisée de « kroaz hent », croix de chemin, carrefour.
Feunteun, fetan : la notion de fontaine s’applique à une source d’eau vive, généralement excavée pour une utilisation domestique de son eau. Une fonction cultuelle a souvent complété cette première.
Garzh : ce terme breton s’appliquait au talus de défense tel qu’il en existait au Moyen-Âge. Il ne s’agissait pas de la simple levée de terre élaborée pour clore une parcelle. Pourtant aujourd’hui, et notamment en Haute-Cornouaille, Garzh est employé pour les talus entourant les champs.
Goarem, gwaremm : la garenne, « ar waremm » en breton, désignait un terrain réservé au seigneur pour la chasse.
Ker : en toponymie, on rencontre généralement ce mot sous cette orthographe. Le breton actuel, pour des raisons phonétiques, le rend par « kêr » soit « ar gêr » lorsqu’il est précédé de l’article. Terme féminin, il désignait à l’origine un lieu fortifié. Ce n’est qu’au début du 11e siècle qu’il a pris le sens de hameau, de village. Ker peut s’appliquer à un groupe de maisons, de fermes voire à une maison ou une ferme isolée. Nous le traduisons par un le mot village considéré dans son acception générique.
Goas, goes, goeh : sont quelques variantes du mot breton « gwazh » qui concerne le cours d’eau au sens général. Ce peut-être un ruisseau tout autant qu’une rivière de grande dimension.
Gwern : pour traduire ce terme breton, anciennement écrit « guern » nous utilisons indistinctement les mots aulnaie et marais tout en reconnaissant combien il est difficile de faire la différence aujourd’hui entre le marais et les aulnes, plantes qui poussent précisément dans les endroits humides.
Lann, lande : vient du gaulois « lanos »avec le sens d’ermitage, de monastère, de terre consacrée. Néanmoins, et surtout en microtoponymie, il peut désigner la lande ou les ajoncs. Une lande se conçoit comme une terre libre et ouverte où pousse une végétation sauvage constituée, pour une bonne partie de l’Armorique, de genêts, d’ajoncs, de bruyères.
Loc : vient du latin « locus », lieu consacré. Il est alors, habituellement, suivie d’un nom de saint. Il convient toutefois d’éviter les confusions avec « loc » issu du vieux breton « luch » (prononcé « louch »), l’un et l’autre signifient lac, étang, retenue d’eau.
Maner : situé en campagne, le manoir correspondait à un type d’habitation occupé par un petit seigneur ; on pourrait le définir comme résidence rurale grande et confortable pour l’époque.
Menez : équivaut au mot français montagne. Toutefois, s’agissant de massifs anciens comme ceux de la Bretagne, on a utilisé ce terme pour des collines qui, bien que paraissant élevées dans le paysage, culminent à des altitudes bien modestes au regard des chaînes alpines ou pyrénéennes.
Parc, park : définit un enclos, un champ. Il équivaut au vieux français « parc » qui vient lui-même du latin « parcus ».
Pen, penn : tête. Ce terme désigne aussi le bout, l’extrémité, le sommet. Pour plus de commodité, nous le traduisons par bout ou extrémité sachant bien qu’il s’agit d’une acception générique.
Plou : issu d’un ancien « ploe », il s’appliquait à la paroisse.
Pors, porzh, porh : a souvent le sens de cour fermée, de cour, de demeure seigneuriale. Ce terme est souvent traduit par la porte ou la cour. Le breton utilise le même mot lorsqu’il parle du port et dira par exemple « ar porzh mor » pour le port maritime.
Poul, poull : mare, étang, trou d’eau. Nous le traduisons par mare sachant bien qu’elle peut avoir des dimensions variables. Ceci peut aller du simple trou d’eau à l’étang de grandes dimensions et au fond d’une baie côtière.
Prad, prat : d’origine latine « pratum », prairie, son introduction en pleine région bretonnante date du 15e siècle, période de reconstruction rurale faisant suite à la grande Peste Noire.
Chaque localité a droit à son nom d’où le nombre imposant de toponymes. Pour en mettre l’étymologie à disposition du plus grand nombre, on peut soit traiter sous forme exhaustive ceux d’un territoire soit faire des choix thématiques, soit encore retenir ceux que l’on rencontre le plus souvent sur les panneaux d’une région ou d’un pays.
En Argoat, ceux qui existent sur les cantons de Belle-Île-en-Terre, Bourbriac, Callac, Guingamp auxquels s’ajoutent les communes de Boquého, Lanrodec, Saint-Fiacre et Saint-Pever sont expliqués dans un livre intitulé « An nom de nos villages ». Présentés sous forme de dictionnaire alphabétique, les noms des 2500 hameaux et lieux-dits sont expliqués de façon claire, courte, accessibles à tous. On rencontre néanmoins la plupart de ces toponymes dans beaucoup d’autres communes de Bretagne. En chacun des hameaux blottis en pleine nature le visiteur curieux découvre le chemin creux qui cache encore la saveur des fraises sauvages, l’odeur indéfinissable laissée par le passage des animaux, les brindilles de foin accrochées aux branches trop basses, les clous des sabots trop usés.


Si l’on considère l’ensemble de l’ancienne province de Bretagne (incluant la Loire-Atlantique), on doit penser aux évolutions linguistiques qui ont vu le breton reculer vers l’Ouest. N’étant plus compris localement pour cause de changement de langue parlée, ils subissent des attractions paronymiques qui les apparentent (fautivement !) à des mots connus. En Bretagne par exemple, les Croissant sont d’anciens « croas hent », carrefour, tandis que les La Louche sont d’anciens « luch » prononcés « louch » et signifiant l’étang. Le livre « Les noms racontent la Bretagne » expliquent ces cas de figure et tant d’autres. Il est conçu de façon thématique afin faire coexister aux mêmes chapitres les toponymes bretons et leurs équivalents français. Ce livre prend en compte les noms les plus répandus.
En Bretagne, ce sont environ 100 000 localités ; les noms de 50 000 d’entre elles sont expliqués dans ce livre. Ecrits, plus ou moins bien pour n’être plus compris, sur des panneaux qui ont le grand mérite d’exister, ils gardent en mémoire les paysages et les clés de leur origine. Ils content volontiers l’époque de leur création et les préoccupations fondamentales de ceux qui les ont fait naître. Comme pour mieux aider les généalogistes en quête de racines, ils confient même parfois les noms des personnes qui leur ont fait naître.
Toponymes descriptifs (souvent noms de personnes)
Hauteurs, vallées, cours d'eau, sources, nature des sols, végétation, faune.
L'homme a besoin de racines.
La nature est émotion, les noms de lieux qui en témoignent sont partout : panneaux, cartes, adresses, annuaires…
Ce livre met de précieuses clés de lecture à disposition de tous : débutants en toponymie, amateurs éclairés ou spécialistes de la géographie, de l'ethnologie et du patrimoine naturel. En ces temps où l'urbanisme masque les reliefs, l'eau et la végétation, les noms sont souvent seuls témoins des paysages qui offrirent à nos ancêtres hospitalité et nourriture.
A les entendre, à les comprendre, l'esprit s'évade. Le rêve rejoint cette réalité des temps anciens où les humains partageaient ce que Dame Nature pouvait leur prêter sans hypothéquer le sort des générations suivantes.
Par contre, l'esprit s'égare lorsqu'il prend pour argent comptant l'acception du mot dans sa pratique linguistique courante.
Voici donc les Suzette, Canteloup, La Tronche, Mignon, Mirabel, Confort, La Folie, Nœux, Kœur. Voici encore les Monaco, Cantal, Roc Amadour… accompagnés de 2000 autres. Après la poésie, en voici l'interprétation scientifique ainsi qu'une approche pédagogique avec son ouverture aux milliers d'autres toponymes rencontrés fréquemment.
Noms de personnes, ils deviennent aide précieuse aux généalogistes pour qui les origines géographiques des familles ont leur importance.
La nature est tendance, les noms qui s'y rapportent sont émotion, savoir et avenir.
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